jeudi 24 novembre 2016

Contre vents et marées

« mon père, ma mère, vous saviez à vous-deux nommer toutes choses
sur la terre, ô mon père, ô ma mère »
Gaston Miron

Les goélands sont gras, ma mère, tant à la Pointe de l'Ouest qu'au quai de Cap-aux-Meules.
Les sables raffinés inlassablement par la mer s'infiltrent dans les pores et y font leurs nids, même une fois revenus sur la grand'terre.
Usés, les grès des falaises et des rouges caps cohabitent avec les vagues.
Mille couteaux d'écaille jonchent les "graves" des havres.
Je reviens d'un pays, ma mère, où fleurit le persil de mer sur les lèvres salées des brisants de terre.
Je reviens d'un pays , ma mère, où les canneberges et les spirantes embaumées ont le goût des sueurs et du sang atavique.
Je reviens d'une île qui m'est natale dans le temps des grands dérangements.
Je reviens d'une île, ma mère, où mes yeux cherchaient ton visage d'enfant dans les pâturages regorgeant de vents et de battures.
Je reviens d'un petit raclôt, ma mère, où j'ai réveillé par mégarde des souvenirs frileux de mondes où rouille le temps de nos mémoires.
Je reviens du Havre, ma mère, et j'ai accoutumé mon oreille à saisir ton langage ensablé ainsi qu'une quille de goélette chavirée en l'air.
J'entends ta voix surgir des lointains oublis où  tes lapsus avancent en trébuchant.
Ma pauvre poésie gargouille à côté de ton parler aux accents sortis de l'histoire.
Dis bien haut, ma mère, la beauté et les fois où ta mémoire vient se fracasser sur le rocher des âges:

Propos de maman recueillis en l'an 2000

« Je suis Évangéline à Elly, à Aldéric, à Aimée, à Minic. Je suis une immigrée. Oui, je suis née au Cap en face de chez Azade à Ilda, à Marie, à Vilbon. J'ai émigré au Havre-Aubert au ras de chez Cyril à Marie-Louise.
 

De bonne heure le matin ma mère me huchait :
— Envoin la baîlle et pars le butin sur la ligne.


Puis quand y avait apparence de vent d'ouesse, y fallait tout dépende le butin.
— Tu furbiras aussi le poêle avec la mine de plomb et les ustensiles avec d'la terre blanche et d'la cendre. Balie la place, lave les plats et envoin la baratte et le babeure. Pis va charrier l'eau à la beurroir et charpis la devesure.


Tous les printemps y fallait balier le raclôt avec le balai de varnes parce que ma mère
disait que les gens d'en dehors allaient atterrir. De son bord, elle brassait des torteaux, des doux et des pas doux qu'elle nichait dans une terrine de faïence. Mon père, lui, y cachait son flocon de chien dans le sailboard. Pis y avait tout un tintamarre dans le tambour. 

— Tu vas en manger toute une gratte si te souque ! disait-il au premier qu'il rencontrait.

Ma grand-mère, elle, savait toutes les maladies. Avec son flocon de tamzi, elle faisait le canton. Et quand c'était des cas de difficulté, mon père allait mener le docteur dans sa box, pis quand y faisait un stamp, y perdait les balises.


Le soir, ma mère me huchait encore.
— Fais des faillôts, des beurredouilles et des confitures aux moconques pour toute la ramée.
Enfin pour nous reposer, assis sur la boîte à bois avec notre cavalier, on brochait des caleçons et des mitaines de cage avec la devesure qu'on avait écardée.
»


J'ai amarré l'aube nouvelle à ta taille, ô, ma mère, et dans l'éparpillement de mes hardes, j'ai sombré en plein milieu des exodes qui ont enserré tes bras autour des tempêtes.
 
De honte, souventes fois, tes joues ont rougi, mais désormais, livrée à l'abondance de l'exil, tu mets en moi le cœur du grand large et celui des déserts.
 
***

PETIT LEXIQUE approximatif

raclôt -
un pré humide à proximité de la maison
me huchait - m'interpellait
envoin la baîlle - préparer la cuve (demi-baril de bois)
butin sur la ligne - la lessive sur la corde
dépende le butin -
rentrer la lessive
furbiras -
nettoyer et polir
charpis la devesure - écarder la vieille laine
balai de varnes - balai fabriqué à l'aide de petites branches
torteaux - grosses galettes faites de farine blanche et de mélasse
flocon de chien - flacon de boisson (résidu de bière de riz)
sailboard - vaisselier
une gratte - une taloche
si je te souque - si je t'attrape
tamzi -
remède à base d'herbages, tisane
box -
petite carriole (horse-box)
stamp - tempête (de neige)
y perdait les balises - il ne voyait plus son chemin
faillôts – fèves au lard
beurredouilles - pâtes cuites dans la mélasse
pour toute la ramée -
pour toute la famille
brochait -
tricotait
Novembre 1977 - Collectif - La Nouvelle Barre du Jour p. 15 - 18

Entre sa guitare et son chapeau


Le Devoir - 14 novembre 2016
Bravo Pascal!  
 
Depuis trois jours, le vent d'automne n'a pas perdu un seul instant
à souffler son haleine plutôt frisquette à travers nos os usés et fragiles.
 
Cheveux au vent à chaque pas dans cette mouvance qui nous bouscule
à travers les certitudes démolies et les déceptions à peine ravalées
 
Debout et décoiffée, le cœur en miettes de feuilles tombées d'arbres nus
 le vague à l'âme  me rappelle que la poésie n'est pas prête de mourir.
 
Salut à toi, pour toujours, Leonard Cohen, le plus grand des sionistes
qui a sculpté dans le bois de ta guitare des mots de chansons inoubliables.
 
Repose en paix,
et que ta voix tantôt rauque, tantôt suave
soit encore longtemps entendue!
 

lundi 3 octobre 2016

Et personne ne sait pourquoi


  
Un changement brutal est intervenu 
dans la stratosphère
et personne ne sait pourquoi.
Un vent étrange circule et oscille
Entre El Niño en passant par l'au-delà.

Aux dernières nouvelles
seuls les Chinois s'y intéressent
et envoient des ballons multicolores
dans la basse stratosphère.

 Un changement brutal est intervenu
dans la stratosphère
et personne ne sait pourquoi.

Un courant côtier saisonnier chaud
s'intensifie  au large du Pérou
et personne ne sait pourquoi.

 3 octobre 2016

mardi 14 juillet 2015

En attendant remercie le Ciel

À ma soeur, Lolo, 




Ce matin, j'ai lu, que dis-je, j'ai bu
deux fois plutôt qu'une  ton tsunami
d'émotions, de larmes et d'amertume.

Mais une fois que le déferlement de la vague est passé,
et que cette vague se retire lentement vers la mer,
sache que le sable de la plage encore mouillé,
n'attend plus que tes pas,  pieds nus, bien sûr,
viennent s'y enfoncer aussi profondément qu'apaisant.   

La colère fait du bien aux coeurs qui ont été trahis. 
Heureusement qu'elle est là, quand on en a besoin!

La guérison prendra du temps.
En attendant remercie le Ciel
d'avoir à tes côtés deux filles adorables
qui ne t'abandonneront pas.    
Car chacune à leur manière te soutiendra
et t'aidera à revivre des moments heureux.  

Et, il y a nous.  

Enfin,  il y a moi.   


vendredi 28 juin 2013

Des ciels défoncés tombe la pluie




Il mouille dans les fleuves, dans les rivières et les rizières des jours de pluie,  des jours d’eaux mortes. Il chagrine tout le temps pendant des nuits,  pendant des heures,  dans les rues,  sur les pelouses et  sur les fleurs

Il pleure des nuages,  des orages,  des foudres,  des tornades,  des torsades en cascades, des vents solaires et des tonnerres de Brest. Il inonde partout au Saguenay,  en Montérégie, au Wisconsin, en Europe du Nord comme du Sud, et enfin en Alberta. 

Il bruine ici et là de par les villages d’antan et les montagnes russes, par delà les villes souterraines et les ponts d’Avignon.  Il flotte au-dessus des mers à boire, des météorologues clairvoyants  de choses astronomiques

Il pleuvine des trous béants et des affaissements de terre à vendre,  des alignements cosmiques vite oubliés. Il pisse des mares géantes pour des canards assoiffés et des plate-bandes qui n’ont jamais le temps de sécher. 

Il déluge sur la planète à ce point du jour et de la nuit qu’il faudrait moucher le nez de tout ce qui dégoûte des arbres aux alentours. 

mercredi 29 mai 2013

Ocean Rock Hotel






Les mots de la mer ont mis de l’embrun sur mes lèvres.  Pendant que l’écume vient à la bouche des vagues en s'écrasant sur la plage,  du sable s’incruste sous mes pieds mouillés.   D’un geste flou, le gris de la mer teinte mes journées de même couleur.  À l'aller et retour des nuages,  des hirondelles de mer et des pluviers siffleurs sifflent des saluts amicaux aux marcheurs qui protègent leurs nids.

Hier soir, habillée de sa  robe diaphane, la pleine lune a mis la mer dans un état second.  Il fallait voir, et surtout entendre la fureur griffée d’encre et de pluie avec laquelle, cette dernière se jetait sur la plage dans un fracas aussi grisant qu'affolant. Ce bruit  m'est resté figé dans la tête depuis.  

Ce matin, des tas d’algues brunes jonchaient la plage devant l'Ocean Rock Hotel. Profondément  ensablés,  des souvenirs ont resurgi soudainement de ma mémoire.  Là-bas, sur les flots grossis par le temps encore mauvais, les fantômes de mes vingt ans surfaient comme des oiseaux du paradis.   Puis dans mon cou, le souffle du vent m’a  rappelé des visages, des baisers, des rêves brisés aussi, bref, tous les maux de la mer. 

Old Orchard Beach, Maine

24.05.2013

mardi 28 mai 2013

Kennebunkport, Maine: Un monsieur un peu spécial

Photo prise à Kennebunkport,  le 22 mai 2013


Durant les belles années 60,  j'ai rencontré à cet endroit un personnage un peu spécial (lire: étrange) qui disait s'appeler "Russell" .  Ce jour-là, nous visitions la petite église située à proximité.   Ce monsieur, qu'on a d'abord pris pour ... un  curé*,  est apparu soudainement dans les parages.  Dès qu'il nous a aperçus,  et intrigué par notre accent francophone, c'est avec une grande gentillesse qu'il nous a invités,  mon compagnon et moi,  à venir partager un petit goûter avec quelques-uns de ses amis dans sa maison (à gauche sur la photo) sise sur un rocher, au bord de la mer.

Une invitation présentée de façon aussi généreuse ne se refusait pas.

En pénétrant chez lui, et impressionnés par les lieux de notre hôte, on ne put s'empêcher de lui en faire part.  C'est à la blague qu'il nous déclara aussitôt que nous devions considérer cette demeure comme son
 shack. Apparemment, il possédait  bien d'autres résidences à travers le monde.

Dans le salon, il nous présenta ses amis, quelques hommes et une ou deux femmes seulement. Des gens  sobrement vêtus, polis, causant à voix basse, mais intéressés surtout à savoir d'où nous venions.  Puis on nous a servi du champagne et des petits canapés.  Je me souviens encore, entre autre,  que dans l'immense pièce donnant sur la mer,  trônait alors un grand piano blanc.  Je n'en avais jamais vu de pareil avant ce jour. 


Enfin,  ce n'est que beaucoup plus tard (mettons, très récemment en fait ...!!!),  que j'ai su de quoi il en retournait avec ce M. Russell.

ICI

* curé: à l'époque, on ne connaissait que ça, des curés ...!  Mais comme on étaient jeunes,  notre ignorance et notre naïveté nous ont empêchés de nous méfier de cet étrange personnage.  Aujourd'hui, rien que d'y penser, j'en ai la chair de poule. 


vendredi 13 juillet 2012

Canicule



Pire qu’une Madeleine, pire qu’une fontaine
Jamais je ne boirai de ton ô, toi la belle hautaine

Dans un pays aussi cruel qui n’est pas le mien
Déterrer des guerres sorties de leurs poussières
Comme celle de 1812 qu’on a fêtée en pompes
Et en artifices sur des collines parlementaires
Laissant là sans sépultures mes  comPatriotes nés
Un siècle trop tôt et oubliés un siècle trop tard.

L’aurore rouge a annoncé un  printemps rouge
Puis le sang de l’érable a coulé dans nos veines
Mais l’Aurore rouge a eu la peau de J.F. Kennedy
Attends-toi, qu’elle aura la tienne avant l’automne.

Voilà de quoi seront remplis nos paniers d’épicerie
Avant la fin de ma génération pas du tout spontanée :
Des mésons, des pions,  des fermions, des muons
Des protons, des électrons et des bosons évidemment. 

Dans un pays aussi cruel qui n’est pas le mien
Les enfants d’aujourd’hui seront-ils malgré eux 
Les hommes et les femmes que demain attend
Pour nourrir les fins de jour des devenus inutiles.

Pire qu’une Madeleine, pire qu’une fontaine
Jamais je ne boirai de ton ô, toi la belle hautaine

Zut! Mon tomatier souffre de scoliose vertébrale
Malgré tout ses tomates seront certes savoureuses
Hier,  le mercure a  atteint des records peu banals
En  cet été,  où le magnolia aura fleuri deux fois 
Plutôt qu’une  ... goutte de sueur sur mon front.

Juillet 2012-07-07

mardi 26 juin 2012

Sur la plage des Raisins Clairs



Sur la plage des Raisins Clairs,  je cherche le petit grain de sable
Inséré dans la machine infernale d’un monde occulte effroyable.
Je m’abandonne toute à l’amer que charrie ce siècle sans lumières
Éteintes par les malversations d’aujourd’hui et aussi celles d’hier.

Sur la plage des Raisins Clairs, je cherche le petit grain de sable
Interdit de séjour dans le monde des merveilles qui nous accable.
Je frissonne des chansons mortes et turlute de muettes  prières
Qu’on ne dit plus que durant les insomnies des nuits solitaires.


Sur la plage des Raisins Clairs, je cherche le petit grain de sable
Enfoncé au fond de la gorge des résignés à leur sort lamentable.
Pendant que mille autres 1% se vautrent dans les cours-arrières
De leurs châteaux en Espagne défendus comme des sanctuaires.

Sur la plage des Raisins Clairs, je cherche le petit grain de sable
Celui qui s’indigne et celui qu’on massacre et poivre en diable.
Je résiste tant bien que mal à l’assaut du chant des guerrières
Qui viennent pleurer au creux de mon épaule en bandoulière.

Sur la plage des Raisins Clairs, je cherche le petit grain de sable
Rempli de lui-même et hargneux parfois contre son semblable.
Je perds le souffle de le voir  s’arracher ainsi de force la crinière
Y plantant à la place des mots durs qui torturent et désespèrent.

Sur la plage des Raisins Clairs, je cherche le petit grain de sable
Chargé d’humilité où la fierté, à défaut de prospérité durable
Gonflera le facteur humidex au-delà des T. ressenties délétères
Je sue et transpire, et je nage pas très loin des fraîches grenouillères.

Sur la plage des Raisins Clairs, j’ai trouvé un  petit grain de sable
Couché sur mon oreiller, l’oeil grand ouvert sur le printemps érable
Les deux pieds dans un carré (de sable) couleur rouge sanguinaire
Les bras croisés sur son corps avec écrit Anonymous  à la boutonnière.

22 juin 2012

mercredi 14 octobre 2009

Pour le 20è anniversaire de Polytechnique

Hymne à Je-Nous

Ô femme ! femme ! femme !
Créature faible et décevante !

Beaumarchais


Après avoir traversé le désert des endormeurs cabalistiques, c'est du souffle même de sa conscience que la femme reçoit enfin le baptême de l'âme. Cependant dans le creuset de l'évolution, l'homme a l'art d'œuvrer délibérément au masculin. À l'ombre des officines l'esclave persiste à contempler sa tour d'ivoire d'où par moments son regard s'échappe. Car l'instigatrice des origines, flanquée de réclusion longtemps entretenue, s'abreuvait de soleils naissant à même son utérus. Madone irréprochable au souffle initial, ton pied a bien raison, ô femme, de piaffer. Mais de Saturne ou de Vénus que tu étais, les siècles n'ont su que t'abandonner au sort glacial des statues élevées à ta mémoire. Qui êtes-vous donc, ô nébuleuses ombres de nous-mêmes ?

Toi la belle Hélène, touchante hallucinée des légendes troyennes.
Toi Monique, la pleureuse sans salaire.
Et toi Jeanne D'Arc, dont le feu du bûcher n'a jamais terni la gloire.
Et toi, pâle Ophélie et toi mystérieuse Yseult.
Et toi, la Muse insouciante des égarés.
Et toi, l'immatérielle Joconde.
Et toi Marie, la première à porter le poids de l'invention de Dieu par les hommes.
Et toi l'Innommée, la Consommée et la Consumée.

Désorientés, des demi-dieux redoutent soudainement toute rébellion, toute lucidité. Car beauté, charme, vertu et soumission n'inspirent plus les muettes, les répudiées, les battues, les violées, les voilées et les condamnées à perpétuité. Car, ô malheureuse créature, il n'y a plus de raison d'entraver ta volonté et de mépriser ta renaissance. Captive du temps, ô créature, le présent serait-il venu pour toi de revendiquer enfin l'impossible pour toi-même ?

Malgré les acquis et les illusions, les nuits blanches gonflent encore les poches sous nos yeux et multiplient les pattes d'oie sur nos visages. Nous étions enceintes et nous voulions avorter en pleine connaissance de cause. Délibérément.

Hélas ! À genoux devant les faits, je sais que l'enfant-fille qui naîtra aujourd'hui apprendra bientôt son appartenance au sexe faible et décevant. Que la femme violée reprendra son quotidien en silence. Que la femme battue se figera dans la peur et dans un profond isolement. Que la femme féministe d'hier se brûlera les doigts demain. Que la femme célibataire deviendra un fléau pour l'humanité. Que la femme-mère n'échappera pas au verdict universel qui la rend coupable de tous les maux. Que la femme libre portera la croix de ses pancartes. Que la femme devenue vieille sera portée en terre à la fin de son périple par suite de réclusion et de solitude.

Pendant que debout devant les faits, l'homme se tait infiniment et nous regarde du haut de sa grandeur comme des choses qui lui appartiennent en propre. Toujours et encore, quelque part dans l'abîme des conquêtes de nombreuses contemporaines sont tirées à la courte paille. De morale à intégrisme, ces iconoclastes serrent des dents afin de mieux hurler jusqu'à nous.

Désormais, je pleure toutes les sorcières de Salem exécutées par le bras justicier de l'Histoire ! Enfin, je me rappelle ce triste jour de décembre, où un grand prêtre hanté par son éternité a sacrifié quatorze vies de femmes sur un autel de marbre froid. Par son geste implacable n'aura-t-il pas gravé dans nos mémoires chacun de leurs noms ?

* Geneviève Bergeron
* Hélène Colgan
* Nathalie Croteau
* Barbara Daigneault
* Anne-Marie Edward
* Maud Haviernick
* Barbara Klucznik Widajfwicz
* Maryse Laganière
* Maryse Leclair
* Anne-Marie Lemay
* Sonia Pelletier
* Michèle Richard
* Annie St-Arneault
* Annie Turcotte

Ô femme, ô créature de ces dieux sans pitié, souviens-toi à jamais de ce jour. Un des plus sombres de ta douloureuse odyssée. C'était le 6 décembre 1989.

Écrit en 1990

lundi 16 février 2009

Je t'aime, mon amour ...

Que cette journée soit témoin de notre Amour
qui malgré ...
le temps
les intempéries
les accidents
les malentendus
les maladies
et parfois même, la famille,

... résiste et tient bon la route parsemée
de rires, de joies, d'activités, d'amitiés
et surtout, de nous deux en harmonie.

Mon voeu le plus cher:
«Qu'on garde le cap le plus longtemps possible»

... à la Saint-Valentin
et toujours

Bonne Saint-Valentin
,
Mon Ange!

Je t'aime

Lora
14-02-09

Quatre poèmes inédits

Les curieux peuvent voir, dès lundi, quatre poèmes écrits en anglais par Louis Riel. Ces oeuvres auraient été écrites lors de l'emprisonnement du chef métis à Regina avant sa pendaison, en 1885.

Les poèmes pourront être observés dans les bureaux de la Fédération des métis du Manitoba de Winnipeg, rue Henry, dès 10 h lundi, 16 février. Les écrits seront conservés par la Société historique de Saint-Boniface.

Louis Riel aurait offert ses poèmes à un agent de la Gendarmerie à cheval du nord-ouest, l'ancêtre de la GRC, qui lui avait fourni un crayon et du papier.

C'est une descendante de l'agent Robert Hobbs qui avait les écrits en sa possession. Ceux-ci ont été mis en vente aux enchères en novembre dernier.

jeudi 29 janvier 2009

Le Grand Changement


Ce qu’on veut faire de nous semble sur la bonne voie
De jour en jour, de semaine en semaine,
De mois en mois, d’année en année,
Le Grand Changement s’imprègne et s’insère
S’étale et s’enchâsse, s’imbrique et s’implante
S’incruste, s’introduit et s’emboîte
Centimètre par centimètre, millimètre par millimètre
Un tout petit peu à la fois. Insidieusement.

Ce n’est pas une fête, c’est la conquête
Et c'est triste et profondément tragique,
Mais à la hauteur de toute attente
Et contre toute attente et surtout contre notre gré
Avec patience et détermination nous sommes
À l'instar des âmes mortes de toutes nos guerres
De jour en jour, de semaine en semaine
De mois en mois et d’année en année
Un tout petit peu plus de nouveau conquis
Pour la seconde fois, pour la centième fois
Pour la millième fois encore et toujours.

Ce qu’on veut faire de nous semble sur la bonne voie
De jour en jour, de semaine en semaine,
De mois en mois, d’année en année,
Le Grand Changement s’imprègne
À la manière de l’autre Grand Dérangement
Comme si on nous entrait dans la gorge
De force et par la force de leur volonté
Non pas un couteau, non pas un marteau
Mais plutôt un sanglot. De trop.

Ce qu’on veut faire de nous semble sur la bonne voie
De père en fils, de mère en filles, y compris les vieux
De génération en génération, de saison en saison
Le Grand Changement s’insinue en nous
À la manière d'un grand bouleversement
Mine de rien sans rien dire ou si peu
Étouffés, ébahis et encore une fois conquis
À l’ombre des mutations et des capitulations
À l'épreuve des émeutes et des coups de grâce
Muets et transis à force de muer de force
En devenant exactement ce qu’on veut faire de nous.

Des assimilés canadianisés

29 janvier 2009

vendredi 11 juillet 2008

Petit hymne au printemps

Je suis une fleur, un oiseau, un insecte, un bourgeon. Je sens la sève monter en moi, les jambes me chatouiller, les ailes toutes grandes ouvertes et les pétales qui clignent des yeux.

Il fait un soleil magnifique. Enfin! C’est le printemps. C’est la saison de l’année qui m’enivre le plus. Et qui me chavire aussi. C’est parce que je suis née de mai que je prends racine, que je m’étiole, que je farandole, que je danse et que je deviens folle au printemps.

Je suis corneille, hirondelle, carouge et merle d’Amérique, croassant, chantant et gazouillant dans le bleu de l’espace.

J’observe de mon œil de chouette la fonte des neiges au millimètre près.

Je cherche des brindilles pour m’enrouler et me tenir au chaud la nuit.

Le jour, je fouille les sols humides et les champs à découvert à la recherche de peu de choses.


Mardi, 10 avril, 2001

lundi 26 novembre 2007

Les Yeux de Lora

Tes yeux sont si pervers qu’en m’y baignant dedans
J’ai vu plein de lunes venir s’y abîmer
S’y perdre à jamais tous les paumés
Tes yeux sont si pervers que j’y perds le nord c’est évident

Au pied des mangeoires c’est la neige fondante
Puis ton beau sourire s’illumine et tes yeux scintillent
L’hiver court les rues en camisole de ville
La nuit n’est jamais noire elle est ma confidente

Les zefs soufflent en vain les peines de l’amour
Tes yeux plus beaux que lui dès qu’un pleur y coule
Tes yeux rendent folle la vague d’avant la houle
Le vitrail n’est jamais si fragile qu’à ton humour

Tantine des Mille bonheurs ô havre paisible
Mille et une fois sauvas-tu les tiens d’un péril certain
L’heure est plus soucieuse qui sourit entre tes mains
La pupille dilatée d’espoir de voir enfin l'inaccessible

Tes yeux dans la pénombre se ferment à l’écart
Par où se multiplient toutes les choses de la Vie
Alors que le sein en feu elle respire toute ravie
Sous la langue du Chat pendu dans ton placard

Une lèvre suffit au mois de Mars des paroles
Pour tous les refrains et pour tous les soupirs
Juste assez d’espace pour se faire un empire
Il leur fallait tes yeux pour rêver de farandoles

L’enfant émerveillé par les grands livres
Ouvre les siens tout aussi fixement
Quand tu me fais des clins d’oeil oh mais quel événement
On dirait que la pluie tombe parce qu’elle est ivre

Abritent-ils des lueurs dans cette mouvance où
Des bestioles se télégraphient d’un mur à l’autre
Je suis prisonnière de la toile qui est la nôtre
Comme une sirène qui attend en vain un rendez-vous

J’ai dépossédé cet oeil de lynx de son zircon
Et j’ai rongé mes ongles jusqu’à peau crevassée
Ô refuge cent fois abandonné puis caressé
Tes yeux sont ma Joconde mon Odyssée mon Rubicon

Il vint qu’un jour la cybersphère se déchira
Quand une lune d’eau émergea de l’ombre de Saturne
Moi je voyais s’iriser au fond de ce beau Nocturne
Les yeux de Lora les yeux de Lora les yeux de Lora

vendredi 2 novembre 2007

Pour un jardin de mai


Au milieu d’un jardin de mai
nos larmes coulent
comme une pluie qui tombe
de nos yeux sans artifices
sur nos joues en feu

J’ai navigué longtemps
à rebours de ta proue
à travers les remous de ton haleine
et là-bas au large du hasard
j’ai déroulé les voilures nonchalantes
pour reprendre l’élan de tes bras nus
là même où tu l’avais laissé choir
je connus le sort d’un jardin de mai

Nuages nus au-dessus de nous
crevés dénudés remués
poussés par notre souffle
en tornades torsadées
décolletées entremêlées
jusqu’au cœur de notre peine
de notre effort de toute évidence

Dans un geste superflu
nous avons refusé de mourir en plein hiver
pour ne pas échapper au rêve
que nous avons fait ensemble
de revivre le printemps

Sur des îles jaillissantes nous avons tant de fois
recommencé la folle danse de nos coeurs brisés
jusqu'à nous assoupir
entre rumeur de lumière
et monde en sursis
 

lundi 29 octobre 2007

Le canot fantôme

Huards et bernaches s'enfuient toujours plus au Nord
Car ici se décomposent les poissons naguère argentés
Et flottent à la dérive leurs carcasses à ciel ouvert
Sur de grandes taches d'huile et d'essence mordorées.

La ramescence soudaine des longues herbes phosphatées
Repousse les enfants à jouer désormais hors des plages;
Seule dans les sous-bois poussiéreux la chouette assoiffée
Supplie le soleil de scinder les sources aux flancs des rochers.

J'avironne doucement du bout des ailes à peine déployées,
Caressant l'eau noire et profonde des fééries matinales;
La mauve demoiselle repose un moment sur mon genou plié
Et disparaît aussitôt comme un feu follet dans la braise.

Opiniâtre, le castor atavique s'apprête déjà à trimer dur,
Dévorant à la nage beau temps mauvais temps les lieux marins
Où comme un dieu trempé au pied des héronnières désertes,
Il érigera ses palais silencieux à l'abri des gouffres humains.

Et dès lors je me baigne transparente dans l'azur dépeuplé
Entre les algues bleues, les nénuphars fanés et les criques,
Noyant des rêves désolés sous le chavirement des heures
Dans les anses tranquilles et l'ombre des baies polluées.

J'aurais voulu apprendre aux enfants les fleurs écumeuses
De l'onde nivéale jusqu'en ses fêlures dorénavant sanglantes;
Des poissons dansant sous les rayons coiffés de lumière
Au fond de leurs ivresses et au coeur de leurs joies innocentes.

Parfois aussi j'aurais voulu montrer à leurs pères téméraires
Comment il est néfaste de posséder plus d'argent que de tête,
Alors que leur inconscience meurtrière ne se lasse point, hélas!
D'ignorer les rythmes de la vie et de céder à ceux de la mort.

Lac McGregor, (Outaouais) Qué, 1978